« Des pas au plafond »

pascal-couillaud

photo pascal couilLaud

Article source : jack35.wordpress.com

Dans la maison Henri II rue des Augustins, les invités passent des nuits agitées. De nobles fantômes y rôderaient. Récit.

Des têtes de taureaux énucléées, des diablotins rivalisant de grimaces et de cruauté : la façade de la maison Henri II, rue des Augustins, à La Rochelle, entretient sa légende : celle d’un lieu hanté depuis des siècles par de mystérieux spectres que l’on dit de sang ou plutôt d’ectoplasme royal. Au-dessus des bas-reliefs, deux galeries Renaissance trichent avec la réalité.

Elles ne mènent sur rien. Elles sont aveugles ou fantômes, comme un décor de théâtre. On pourrait presque dire que la maison Henri II n’existe pas tant elle repose sur un caprice d’architecte. Mais elle existe pourtant, simple façade XVIe épaulée par deux corps de logis. L’un d’eux abrite aujourd’hui le centre Intermondes où sont logés, toute l’année, des artistes ou écrivains des cinq continents en résidence.

Il dessine son fantôme« En 2010, nous avons hébergé pendant trois mois un dessinateur de Bombay, Hemant Morparia. Sans doute était-il habitué au bruit. Là, il se trouvait seul à dormir la nuit dans la maison Henri II. On était en janvier. Un matin, il est arrivé dans mon bureau en me disant qu’il  »flippait » parce qu’il entendait marcher la nuit au-dessus de sa chambre, me demandant si je voulais pas dormir à côté pour le rassurer », raconte Edouard Mornaud, directeur du centre Intermondes.

« Il a ajouté :  »Je me suis levé pour boire un verre de lait et j’ai senti une présence à mes côtés ». Je lui ai dit de plutôt boire un verre de vin. C’est ce qu’il a fait et n’a plus jamais entendu de bruits suspects », plaisante Edouard Mornaud. Hemant Morparia a exorcisé avec humour ses apparitions nocturnes dans un dessin de presse (lire ci-dessous).

« Je n’ai jamais parlé à mes invités de la légende du fantôme de la maison Henri II. Mais Hemant n’a pas été le seul à me parler de ces bruits de pas au plafond. Il y a également un invité australien et un guitariste chilien. »

L’aile gauche du logis possède trois chambres. Aucune n’a de pièce ni de combles au dessus. Elle possède aussi une cave voûtée, sans électricité, dans laquelle Édouard Mornaud admet ne s’être jamais aventuré. Donnait-elle accès à un souterrain ? Étrange lieu. La galerie du 2e étage, toute habillée de boiseries, héberge les collections de la société d’archéologie. Des pièces qui remontent à un passé très lointain ou trolls et sorcières hantaient les esprits.

Tout divague Mais l’esprit qui hante les lieux semblerait plutôt de souche noble. Et les frayeurs nocturnes d’Hemant Morparia et de ses compagnons des quatre coins du monde ne sont pas les premières rapportées aux hôtes des lieux, les contemporains ou ceux qui les ont précédés.

Ainsi certains hôtes des lieux affirmaient-ils, au XIXe siècle, avoir vu défiler quelques membres des familles royales au-dessus de leur lit pendant la nuit. Et Henri II n’y est pour rien puisque le fils de François Ier ne mit pas les pieds dans ce bâtiment qui ne porte son nom qu’en raison des « H » d’Henri sur les caissons de la galerie.

D’autres caissons portent trois croissants de lune entrecroisés, ce qui fit croire, toujours au XIXe, qu’elle aurait pu être la maison de Diane de Poitiers, par ailleurs favorite d’Henri II.

L’historien rochelais Jean Flouret hausse les épaules. « Tout ça c’est des bêtises. Des racontars sans intérêt. J’ai certes connu une demoiselle d’un âge certain qui venait tous les ans à La Rochelle pour visiter et revisiter la maison Henri II dont elle était tombée amoureuse. Un jour, elle m’a affirmé avoir vu une apparition dans la galerie. Mais je dois vous dire que j’avais toujours pensé qu’elle avait un peu l’esprit un dérangé. »

L’esprit, les esprits Dans la maison décor, tout divague un peu.

« Il y a quelque temps, nous avons reçu un écrivain du Burundi en résidence. J’ai préféré ne pas lui parler de cette histoire de bruits et de frayeurs nocturnes. Je craignais que cela le perturbe », poursuit dans un grand sourire Édouard Mornaud qui prend la chose avec… esprit. C’est vrai que si la magie africaine se mélange aux spectres de la Renaissance française, cela risque de déboucher sur un étrange produit littéraire.

(Source : Sud Ouest)

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